Il m’avait demandé si j’étais mexicaine et ses yeux brillaient ; leur éclat m’avait démontré à quel point je baignais dans la solitude totale : seule depuis des années et ce jour-là je me promenais en étrangère dans un pays étranger, le plus fantastique du globe !
C’était une invitation à l’aventure ; allais-je tendre les mains à ce doux étranger qui m’aborda, à cet apollon à la voix vibrante et dont la tonalité m’avait poursuivie telle mon ombre. Evénement grandiose : un jeune homme m’avait remarqué  mais cela ne m’avait plus fasciné depuis que je pris conscience que tout ce qui brillait n’était pas saphir.
Je lui répondis d’un air amical en adoptant le ton de quelqu’un qui ne cherchait pas l’aventure. Il n’insista pas. En revanche, il me souffla des mots qui prirent la silhouette d’un cœur qui se balançait sur un bateau. Et je pris la direction du port pour m’engouffrer dans le premier navire en partance pour les îles.
Je ne rêvai point pendant qu’il naviguait. J’avais toute ma présence d’esprit pour vivre l’instant présent. Un autre homme à mes côtés m’offrit du chocolat que je pris avec mon verre de café. Celui-ci était accompagné.
Je ne croyais pas ce que je vivais jusqu’à ce qu’il fasse partie intégrante de mon existence. Avais jamais espéré de tels moments de quiétude dans mon passé ? peut-être jamais car je prenais le bonheur pour quelque curiosité qu’il fallait apprivoiser à coup de coups reçus sur l’épiderme de mon âme.
Je réalisais que je jouissais d’une longévité propre aux titans dont la force contrecarrait les imprévus.
Je descendais sur le quai et décidai de passer la nuit dans cet havre de paix, encore seule ! Mais qu’était-ce être accompagnée ? avoir un homme dans ce lit qui n’ait qu’un seul désir : voir le jour se lever entre vos cuisses, vous bouder si vous refusez une nième étreinte, vous culpabiliser s’il ne parvient pas à bander, vous accuser de le mal aimer si vous ne réussissez pas à lui traduire votre concept de la passion, vous transmettre une image biscornue de vous-même, vous amener à l’acception de ce qui va à l’encontre de vos valeurs...C’est tout cela et beaucoup d’autres choses le fait d’être avec quelqu’un sur des draps blancs, sous un plafond bleu.
Je refusai cet état modifié de ma conscience. Conséquence, je me retrouvais seule sur une île dans un pays étranger, avec une oreillette branchée à l’oreille qui me chantait le refrain d’un bel étranger dans la plus magnifique contrée du monde.